|
Du 19 au 25 juin 2007, le bateau de recherche irlandais -RV CELTIC EXPLORER- quittera le port de Galway pour une campagne en mer d'une semaine, et s'immergera à des profondeurs dépassant 4800 mètres sous la surface de la mer.
19 juin 2007
Plein gaz vers le large – Départ de Galway
Martin Agis 
Après avoir chargé le bateau hier, nous avons passé la journée entière à attacher et ranger tout l’équipement. C’est une étape nécessaire avant le départ pour éviter au matériel de voler à travers les laboratoires lorsqu’il y a des vagues! Et c’est d’autant plus important dans notre cas car l’océan Nord Atlantique est toujours très agité y compris en été (cliquez ici pour voir une courte vidéo de l’expédition du Discovery en 2006) !

Celtic Explorer. HSB Int. |
C’est intéressant de voir comme chaque personne possède sa propre méthode pour protéger son matériel, en fonction de ce dont on dispose, mais aussi de l’expérience en mer de chacun. Il est difficile de le croire, mais dans ces moments-là , une simple corde, des clous ou du scotch sont aussi prisés que l’or. Il est vrai que le magasin le plus proche dans ces cas-là n’est pas au coin de la rue.
Juste avant de partir en mer, une autre étape importante est de s’approvisionner pour le voyage, en -confiseries, magazines, jeux…- dans le magasin local le plus proche.
Le dîner à bord est servi de 18h à 19h, et nous permet de vérifier ensemble si tout est prêt avant le départ du Celtic Explorer pour la plaine abyssale de Porcupine aussi connue comme le site PAP. Alors que le bateau s’ébranle et commence à avancer, beaucoup d’entre nous sont sur le pont pour dire au revoir à ce petit village irlandais ainsi qu’à la terre ferme. Nous sommes tous excités, et contents de prendre part à cette expédition, espérant avoir une météo favorable pour pouvoir remplir notre mission dans de bonnes conditions.
Quel était le menu aujourd’hui à bord du CELTIC EXPLORER?
.........................................................................................................
20 juin 2007
Premier jour d’adaptation
Martin Agis 
Notre premier jour en mer débute avec le petit-déjeuner, servi entre 7h30 et 8h30, mais pour certains malchanceux, cette journée commence avec le mal de mer…
Les membres de l’équipage malades ont toute la sympathie de ceux qui se portent bien, généralement ce sont ceux qui ont déjà de l’expérience en mer et qui connaissent cette désagréable sensation. Heureusement, le corps s’adapte rapidement à ces nouvelles conditions, et en quelques jours, tout désagrément disparaît.
La météo est plutôt bonne aujourd’hui et la mer relativement calme. Bien que le ciel soit couvert, quelques rayons de soleil percent la couverture nuageuse et nous réchauffent. Le travail continue : les instruments sont assemblés et le mouillage préparé par les équipes pour pouvoir être installé dès notre arrivée sur le site PAP.
Quel était le menu aujourd’hui à bord du CELTIC EXPLORER?
.........................................................................................................
21 Juin 2007, 19.00 GMT Latitude: 48°59.95' Nord Longitude: 16°30.12' Ouest Temps : nuageux, la mer est calme
Au milieu de nulle part Kate Larkin 
Ça fait déjà 48 heures que nous naviguons en pleine mer et ce matin, nous sommes enfin arrivés à notre destination : la plaine abyssale de Porcupine (PAP). Il n’y a aucun panneau indicateur pour nous dire si nous sommes au bon endroit dans le vaste Océan Atlantique, et il n’y a pas de fête de bienvenue non plus – mais seulement des mouettes curieuses accompagnées de vagues impitoyables! Sous nos pieds, l’océan est plus profond que la longueur de 80 piscines olympiques alignées verticalement les unes au bout des autres !

Les vagues à travers les hublots du bateau.
Martin Agis
agrandir |
Autour du site PAP et dans l’ensemble de l’océan Nord Atlantique, il est possible d’observer de vastes efflorescences de phytoplancton à la surface de l’eau. Elles apparaissent généralement au cours du printemps et au début de l’été, et peuvent être facilement photographiées par les satellites. Les satellites permettent de construire des cartes de production des océans, mais ces appareils ont des limites : ils ne peuvent pas pénétrer au-delà de quelques mètres sous la surface des océans.
Notre mission est de suivre sur plusieurs années, les changements du phytoplancton au-delà cette couche suivie par les capteurs satellitaires, en utilisant des instruments fixés à un mouillage. Cette expérience a débuté en 1989 dans la plaine abyssale de Porcupine. Les données collectées nous aident à déterminer les variabilités saisonnières mais aussi les changements à plus long terme de la production en phytoplancton et des flux de particules vers les eaux profondes.
Demain, nous déploierons un grand mouillage posé au fond de l’océan avec différents détecteurs qui mesureront les propriétés de l’eau comme la température ou les concentrations en nutriments et chlorophylle a. Mon rôle à bord est d’aider à préparer ces détecteurs pour leur prochaine immersion et en particulier, tout faire pour que le fluoromètre marche et soit prêt à fonctionner une année entière dans l’Océan Atlantique.
Le fluoromètre est une pièce de 50 centimètres de long, qui mesure la chlorophylle a (ou la concentration en phytoplancton). C’est une manière pratique et indirecte d’obtenir le profil de la chlorophylle a suivant les profondeurs, en éclairant avec une lumière dont on connaît la longueur d’onde, un volume connu d’eau de mer. On mesure ensuite la fluorescence des cellules algales produites par les chloropastes excités.
Avant d’attacher le fluoromètre à la ligne de mouillage et de la déployer pour les douze prochains mois, nous avons besoin de faire des tests. Pour cela, le fluoromètre est fixé à une structure en titane, la rosette CTD (Conductivity Temperature Depth), et ensuite on les plonge à une profondeur avoisinant 300 mètres. Cette plongée est à la fois un test de pression pour le matériel et un essai pour voir si les capteurs enregistrent les données correctement.
De plus, nous prélevons des échantillons d’eau de mer à partir des bouteilles fixées à la rosette CTD à différentes profondeurs pour calibrer les sondes du fluoromètre au laboratoire une fois de retour à Southampton. Une fois les tests effectués avec succès, la dernière chose à faire est de reprogrammer le fluoromètre pour qu’il puisse mesurer les concentrations en chlorophylle toutes les deux heures durant toute l’année à venir! Ca y est, tout est prêt!
Quel était le menu aujourd’hui à bord du CELTIC EXPLORER?
.........................................................................................................
22 Juin 2007, 0.15 GMT
Latitutde 48° 59 Nord
Longitude 16° 22 Ouest
Sur le site PAP
Mark Stinchcombe 
Ce fut une journée bien remplie! Il y a eu beaucoup d’activité à bord du bateau aujourd’hui, nous sommes arrivés à destination ce matin et depuis, les plongées des rosettes CTD s’enchaînent.
Â
Je suis responsable de deux capteurs durant cette expédition. Le premier est appelé le ISUS ; il mesure la quantité des nitrates dans l’eau en utilisant une lampe à ultraviolet. Les nitrates absorbent la lumière à une certaine longueur d’onde. Si on éclaire un échantillon d’eau à cette longueur d’onde particulière, on peut mesurer la quantité de lumière absorbée et donc la quantité de nitrates dans l’eau de mer prélevée.
Le second capteur est le NAS-3X. C’est un autre détecteur de nitrates qui prélève des échantillons d’eau de mer auxquels il ajoute des produits chimiques pour produire une réaction ayant pour résultat une coloration de l’eau. L’eau est d’autant plus colorée qu’elle contient des concentrations en nitrates importantes. Les nitrates contenus dans l’océan nous intéressent, parce qu’ils permettent le développement du phytoplancton, des plantes microscopiques vivant dans l’eau de mer, qui peuvent former de grandes efflorescences à la surface de l’eau. 
Mes capteurs étaient fixés sur l’une des rosettes CTD déployée aujourd’hui. Cet essai nous a permis de les calibrer, en vérifiant que les données enregistrées par le matériel correspondaient avec les échantillonnages d’eau de mer et les mesures en nitrates que nous faisions en parallèle. Une fois cette étape accomplie, nous sommes enfin prêts à déployer les capteurs pendant une année entière sur la ligne de mouillage. J’ai modifié la programmation des capteurs aujourd’hui pour obtenir les concentrations en nitrates toutes les 2 heures pendant une année entière.
Ces données, croisées avec les autres instruments fixés au mouillage, vont nous permettre de suivre ce qui se passe pendant une année entière, dans cette petite partie de l’Océan Atlantique, de la surface jusqu’au fond de l’océan.
Quel était le menu aujourd’hui à bord du CELTIC EXPLORER?
.........................................................................................................
22 Juin 2007, 19.15 GMT
Latitude 48° 59 Nord
Longitude 16° 22 Ouest
Mission accomplie!
par Martin Agis 
Quelle belle journée! Et ce n’est pas juste lié au beau temps, mais parce que nous avons accompli la majeure partie de notre mission : nous avons déployé le nouvel observatoire du site PAP. Alors que nos cuisiniers préparaient de délicieuses omelettes pour le repas de midi, sur le pont, tout le monde s’activait pour les derniers préparatifs de la ligne de mouillage. Après avoir fixé tous les instruments et effectué les derniers tests, le déploiement a débuté (à 14h15 GMT). C’était vraiment très excitant !

Derniers préparatifs avant le déploiement de l’observatoire océanique PAP1 Martin Agis
agrandir |
Les équipes ont déjà mis la grosse bouée jaune dans l’eau à côté du bateau. Plusieurs capteurs sont ensuite attachés aux rosettes CTD (Conductivité, Température, Densité) qui sont fixées à la ligne de mouillage une à une, à des distances déterminées. Nous avons tous regardé avec beaucoup d’excitation le nouvel observatoire plonger devant nous dans l’Océan Atlantique. L’observatoire est tout simplement un long câble attaché à la base à une profondeur de près de 4800 mètres et maintenu verticalement par des sphères flottantes et par une grosse bouée jaune en surface. Nous avons donc la place pour fixer tous les capteurs dont nous avons besoin ! Parmi tous ces capteurs attachés au mouillage, un va nous permettre de suivre le taux de CO2 pendant toute une année.

À quoi ressemble l’observatoire océanique?
agrandir |
Le déploiement complet a duré un bon moment. La dernière étape fut l’ancrage du mouillage avec un lest de 3000 kilogrammes, pour éviter qu’il ne soit emporté par les courants marins. Au bout de 4 heures de travail, nous avons enfin vu l’ancre disparaître vers les grandes profondeurs, à près de 4800 mètres de fond, à 49° 00 Nord et 16° 24 Ouest.
À 18h15 GMT, le tout nouvel observatoire a été déployé avec succès !
Merci à tous ceux qui ont participé à cette mission !
.........................................................................................................
23 Juin 2007, 20.20 GMT
Latitude 49° 00 Nord
Longitude 16° 27 Ouest
Dernier jour
par Martin Agis 
Aujourd’hui, samedi, dernier jour de mission pour prélever des échantillons, ou encore, pour retrouver la ligne de mouillage de la station PAP3, à laquelle sont attachés des pièges à sédiments. Ces pièges sont immergés sur le site PAP depuis douze mois et collectent de la neige marine à différentes profondeurs (lien) (la matière organique du phytoplancton et du zooplancton morts qui sédimentent de la surface jusqu’aux grands fonds océaniques).

Les pieges de la neige marine.
Martin Agis
agrandir |
La ligne de mouillage PAP3 est fixée au plancher océanique par une très lourde ancre. Pour faire remonter la base de la structure à la surface, on utilise un système acoustique qui va libérer la ligne de l’ancre. La ligne possède de nombreuses sphères de verre remplies d’air qui vont lui permettre de remonter et flotter en surface pour que nous puissions la récupérer (A quoi ressemble la ligne de mouillage?).
Les sphères de verre ont également un autre rôle – garder la ligne de mouillage ainsi que tous les instruments qui y sont fixés verticalement lorsque la structure est immergée. Nous pouvons ainsi échantillonner la profondeur qui nous intéresse.
Une fois le signal acoustique émis, tout le monde est réquisitionné sur le pont pour guetter la bouée jaune du mouillage PAP3. C’est un moment assez stressant ! Est-ce que le mécanisme d’ouverture a marché? Est-ce que la ligne va vraiment remonter à la surface? Et surtout, est-ce qu’on va retrouver la station?
Les équipes travaillent énormément pour le déploiement et la récupération des observatoires océaniques, et les échantillons récupérés sont très utiles. Si on ne parvient pas à les retrouver, toutes les personnes impliquées sont vite démotivées et démoralisées (lire comment un filet de pêche a détruit un observatoire l’année dernière pendant la mission Discovery 2006).

Moments stressants .
Martin Agis
agrandir |
Les minutes s’écoulent lentement et nous scrutons sans cesse la surface dans l’espoir de retrouver les échantillons collectés pendant les douze derniers mois. Soudain, quelqu’un s’est écrié ‘Ici !’, mais après vérification, ce n’est qu’une autre bouée qui danse sur les vagues de l’Océan Atlantique très loin au Nord du le bateau. La recherche recommence… Au bout d’un moment, une première bouée perce la surface, suivie peu de temps après par toute une chaîne de sphères jaunes. La station PAP3 est enfin localisée!
Une fois les pièges à sédiments à bord, de nouveaux pièges sont mis en place, programmés et envoyés de nouveau pour une année de prélèvements à différentes profondeurs de l’océan.
En plus de retrouver l’ancien mouillage PAP3 et d’installer un nouveau pour l’année à venir, les chercheurs ont utilisé la rosette CTD pour obtenir des profils de la colonne d’eau. Jusqu’à très tard dans la nuit, ils ont également utilisé des filets à zooplancton à différentes profondeurs (tout comme la nuit précédente d’ailleurs !). Toute cette effervescence nous a occupé jusqu’à minuit GTM, heure de départ du site PAP en direction du port de Galway d’où nous sommes partis, il y a près de 5 jours.
Quel était le menu aujourd’hui à bord du CELTIC EXPLORER?
.........................................................................................................
24 Juin 2007, 20.20 GMT
Latitude 50° 56 Nord
Longitude 13° 19 Ouest
À la prochaine fois!
Martin Agis 
C’est notre dernier jour à bord du Celtic Explorer. Depuis hier minuit, nous avançons à une vitesse de 11 nœuds (environ 20 km/h), direction Nord-Est pour atteindre Galway en Irlande où nous arriverons le lundi 25 juin à la mi-journée.
Cette mission est couronnée de succès et nous sommes contents que tout se soit aussi bien déroulé. Les échantillonnages ont cessé bien sûr, et ont laissé place au rangement et au nettoyage.
Les scientifiques travaillent pour archiver les données qui ont été collectées durant la mission, ou s’affairent autour du matériel scientifique pour qu’il puisse être débarqué dès notre arrivée à Galway demain. Alors que nous considérons que nos tâches sont plus ou moins achevées, le travail continue en cuisine. Nos cuisiniers James et Joseph, doivent encore nourrir 30 affamés pendant 36 heures ! Toujours de bonne humeur, James nous prépare de délicieux repas, même quand le bateau vacille dangereusement sous nos pieds! Ce soir, pour le dernier dîner à bord, il nous a préparé des steaks!
La météo est plutôt bonne (les vagues ne sont pas trop grosses) et même si cette mission a été très intéressante et excitante, nous sommes impatients de poser les pieds sur la terre ferme!
À la prochaine expédition!
Quel était le menu aujourd’hui à bord du CELTIC EXPLORER?
.........................................................................................................

Remerciements :
Nous adressons tous nos remerciements à Kate Larkin (NOCS), Martin Agis (Océanopolis), Mark Stichcombe (NOCS), Ludwig Jardillier (Université de Warwick) et
Richard Lampitt (Chef scientifique de la mission, NOCS) embarqués sur le Celtic Explorer pour leur participation à ce carnet de bord. Nous remercions également Osana Bonilla et Lise Cronne pour leur traduction en espagnol et français, et Philippe Giendaj pour ses competence informatiques.
Un grand merci à toute l’équipe à bord du bateau de recherche pour avoir fait de cette mission un véritable succès!
|